La métropole oubliée, 2013-2014, page 8

Roland Vidal et Luc Vilan

 

 

 

Conclusion

 

 

Bien que situés à 30 ou 40 kilomètres du centre de Paris, des bourgs, des villages et même des hameaux subissent la pression de la demande francilienne de logements. Certains de ces villages sont ainsi devenus les banlieues de villes satellites comme Arpajon et ont totalement perdu le caractère villageois qu’ils avaient encore quelques décennies plus tôt. D’autres, plus éloignés des grandes infrastructures routières, sont restés relativement isolés mais subissent néanmoins une pression urbaine forte du fait même que leur caractère rural les rends particulièrement attractifs, avec des coûts fonciers modestes, aux yeux de citadins désireux de ressentir pleinement l’impression d’habiter « à la campagne ».

 

Intéressés par l’arrivée de nouveaux habitants qui permettront peut-être d’éviter la fermeture d’une école ou d’un bureau de poste, les maires de ces petites communes sont tentés par de nouvelles constructions de maisons individuelles sous forme de lotissements pavillonnaires ou, de façon majoritaire aujourd’hui, de constructions diffuses. Ces maisons répondront à l’attente la plus couramment répandue en France, le désir d’un logement individuel entouré d’un jardin.

 

Il faut le constater, les méthodes et outils de la fabrication des villes ne fonctionnent pas en milieu rural-urbain, ou périurbain. Depuis près de trente ans, les discours et les procédures de « lutte contre l’étalement urbain », comme les définit toujours la nouvelle loi de 2014 [1], se succèdent sans grands succès. Ces communes, trop petites pour disposer d’un véritable service d’urbanisme, mais aussi pour financer dans la durée l’étude et le suivi de leur croissance urbaine, en raison du faible volume et du grand étalement dans le temps de leurs constructions, réduisent le plus souvent leur intervention sur l’espace urbain à une simple gestion foncière au coup par coup ou cèdent aux propositions des constructeurs de lotissements.

 

Se met alors en route un processus de banalisation de l’espace où formes urbaines et architectures se répètent inlassablement à la périphérie des villages et des bourgs de nos campagnes. Un processus pervers à l’égard de la campagne car soit il consomme de grandes parcelles de terres cultivables, soit il participe à un mouvement de mitage des territoires de frange. Mais il est aussi pervers à l’égard des bourgs eux-mêmes car il contribue à déstructurer le tissu urbain en détruisant dans l’étalement le peu de centralité qu’il lui restait. Obligés à des déplacements quotidiens en voiture, attirés par les zones commerciales facilement accessibles grâce à la connexion des réseaux routiers, les nouveaux arrivants ne font pas vivre les commerces villageois qui dépérissent les uns après les autres.

 

Pourtant, comme on a pu l’observer dans les quelques exemples présentés ici, les villages et les hameaux concernés comportent souvent un patrimoine disponible aux réhabilitations et aux reconversions et de nombreuses parcelles disponibles à la construction. Il est donc parfaitement possible d’héberger les nouveaux habitants dans les interstices existants, au lieu de consommer sans retenue des terres agricoles, souvent très productives, et de générer de nouveaux interstices. Le caractère rural du village peut ainsi être beaucoup mieux préservé, au bénéfice à la fois de la qualité résidentielle des nouvelles habitations et de l’économie locale. L’agriculture, au lieu d’être considérée comme une pourvoyeuse de réserves foncières, peut aussi y trouver une place bien plus intéressante, pour les agriculteurs qui pourront profiter de nouveaux marchés, mais aussi pour les habitants qui voisineront d’une manière moins aveugle avec des paysages agricoles diversifiés.

 

Ils auront ainsi plus de chance de retrouver l’image de « campagne » qu’ils étaient venus y chercher, au lieu de contribuer à la détruire.

 

 

Roland Vidal et Luc Vilan, février 2015

 

 

[1]  Loi ALUR, loi pour l’accés au logement et un urbanisme rénové, mars 2014

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© Roland Vidal 2015 • Dernière mise à jour : 27-01-2017