Chapitre 2

 

La dénomination du département

 

 

 

Pendant les trois mois durant lesquels la Commission de Constitution travaille au découpage départemental, les noms que porteront les départements ne semblent pas faire l'objet d'une préoccupation particulière. Les départements sont provisoirement nommés par leur chef-lieu, sauf dans les cas où celui-ci n'est pas encore déterminé. On parlera des départements de Vannes, de Rennes, de Nantes, de Saint-Brieuc, mais on parlera de «Basse-Bretagne» à propos du Finistère, car le choix entre Quimper et Landerneau n'est pas encore arrêté. Après avoir hésité entre plusieurs principes de dénomination (1), la Commission se décide pour des noms d'origine géographique (c'est ainsi que 60 départements reçoivent des noms de rivières). En Bretagne, une première proposition nomme «Côtes-du-Midi» le département de Vannes et «Côtes-du-Nord» celui de Saint-Brieuc. Les députés provençaux s'opposent à l'appellation «Côtes-du-Midi» (curieusement, les députés du Nord ne s'opposent pas à «Côtes-du-Nord»). De toute manière, les Vannetais avaient une autre proposition, la «petite mer», en breton «Mor-bihan». Ce sera le seul département dont le nom est composé à partir d'une autre langue que le Français. Les «Bas-Bretons» ne réussiront pas à faire accepter «Penn-ar-Bed» («Bout-du-Monde»), et devront se contenter de «Finistère». (2)

 

À défaut de rivières ou d'un massif montagneux représentatifs du département, à défaut d'un peu d'imagination de la part des députés de Saint-Brieuc, dont aucun n'était bretonnant, les Côtes-du-Nord resteront Côtes-du-Nord. Ce nom sera parfois critiqué, mais sans que ces critiques n'amènent leurs auteurs à envisager une procédure pour en obtenir le changement (du moins jusqu'aux années 1950). Certains le trouveront même assez pertinent, tel Jean Rigaud qui commence ainsi sa Géographie historique du département des Côtes-du-Nord (3) :

 

«Dénomination - Le département des Côtes-du-Nord, l'un des cinq formés par l'ancienne province de Bretagne, tire son nom de sa position sur la côte septentrionale de cette province. Cette dénomination, qui lui a été attribuée à défaut de quelque rivière, montagne ou forêt remarquable, convient à la disposition de ses côtes, exposées au nord sur la Manche.»

 

D'autres ouvrages du XIXe siècle trouvent le même type de logique à l'appellation du département, comme ce Guide pittoresque du voyageur en France pour qui «Il tire son nom de sa position maritime sur le canal de la Manche, qui baigne toute sa partie septentrionale» (4).

 

1 - Outre le nom du chef-lieu, on avait proposé de donner aux départements le nom de leur localisation dans la Province (Bretagne-Ouest, Bretagne-Sud, etc), et même de leur affecter simplement des numéros.

 

2 - Ils feront pourtant remarquer que leur pays n'est la «fin de la terre» que vu depuis Paris. Pour eux, il est aussi bien un début qu'une fin, idée que rend mieux le mot breton «Penn».

 

3 - Saint-Brieuc : F Guyon éditeur, 1890. Cet ouvrage, fréquemment cité, a été réédité en 1995 par les Éditions de la Tour-Gilles.

 

4 - Guide pittoresque du voyageur en France, par une société de gens de lettres, de géographes et d'artistes Ed. inc. 1838 (réédité en 1993 par les Éditions du Bastion).

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© Roland Vidal 2015 • Dernière mise à jour : 27-01-2017