Introduction

 

 

 

Une unité territoriale se définit par un nom et par des limites.

 

Pour imprécises qu'elles aient souvent été, ces limites se sont néanmoins avérées nécessaires, même aux temps réputés les plus obscurs du Moyen-Âge, car comme l'explique Bemard Guenée, «les villageois devaient savoir jusqu’où mener paître leurs troupeaux, les seigneurs quelles redevances exiger, les curés quelles dîmes lever. Il n'y a pas de vie possible sans limites précises» (1). C'est donc par l'usage que les hommes en avaient que se définissaient les limites des territoires, et ce n'est que là où les pratiques étaient économiquement sans valeur que les frontières restaient imprécises.

 

C'est par l'usage aussi que naissaient et qu'évoluaient, lentement, les noms que l'on donnait à ces territoires. Ces noms ont toujours eu une importance capitale, car c'est par eux, et par les adjectifs qui en dérivent, que chaque habitant identifie son appartenance territoriale, composante majeure de son identité culturelle, économique et sociale.

 

Dans cette lente stratification historique des limites et des noms qui structurent et identifient le territoire français, le découpage départemental apparaît comme une exception et, sans doute, comme une première mondiale (2). Il a été rendu possible par les progrès considérables que connaissait la cartographie depuis le début du XVIIIe siècle, notamment avec les Cassini III et IV (3). Pour la première fois, et la seule dans l'histoire de France (4), des circonscriptions administratives vont être décidées et nommées, en une seule fois et avec les mêmes règles pour l'ensemble du territoire national. Pour la première fois, la carte ne sera plus seulement une représentation du territoire, elle deviendra un acteur de sa constitution.

 

.../...

1 - Bernard GUENÉE : «Des limites féodales aux limites politiques», in Les lieux de mémoire (Pierre NORA, dir.). Paris : Gallimard, 1997 (dernière édition). Tome 1, pages 1105-1124.

 

2 - Le partage du territoire américain, aux XVIIe et XVIIIe siècles, constitue certes un précédent, mais les conditions historiques ne sont en rien comparables, puisque le Continent a été considéré comme vierge de son occupation humaine.

 

3 - Le travail engagé par les Cassini ne sera terminé qu'en 1815. En 1789, il y manquait encore la Bretagne et la Guyenne. C'est à partir de la carte, plus approximative bien que datant de 1771, d'un cartographe du nom d'Ogée, que sera établi le découpage de la Bretagne.

 

4 - Les découpages opérés depuis se sont toujours calés sur celui des départements.

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© Roland Vidal 2015 • Dernière mise à jour : 27-01-2017