La construction paysagère d'une identité territoriale

 

- VIII -


Le cahier des charges de Sables-d'Or
un héŽritage du VéŽsinet

 

 

 

 

Si Vichy a pu servir de modèle aux concepteurs de Sables-d’Or, par l’intermédiaire des frères Treyve, c’est principalement dans la mise en oeuvre d’un savoir-faire paysager, à l’échelle de la relation entre la ville et son territoire. A l’échelle du détail, de la manière dont s’établissent les relations entre l’espace privé, celui de la maison et du jardin individuel, et l’espace public, celui de la ville en son entier, les conditions ne sont pas du tout comparables. Le projet réalisé à Vichy, même s’il s’agit bien d’une ville parc, reste un projet d’embellissement et d’extension d’une ville existante, et non une création ex-nihilo.

 

A Sables-d’Or, contrairement à Vichy, le plan d’ensemble a été dressé avant que la première construction ne soit édifiée. Il s’agit d’un «lotissement», au sens qu’a pris ce terme à partir de la loi Cornudet (1919)[1]. C’est-à-dire que certains équipements collectifs, notamment les voiries et réseaux mais aussi les espaces verts, ont été réalisés, ou tout au moins planifiés, au préalable et sans avoir à tenir compte d’un bâti existant. Il était donc possible d’imposer aux acquéreurs de lots un certain nombre de règles concernant la construction de leurs habitations. Ces règles sont regroupées dans un «cahier des charges» [2] qui, en ce qui concerne Sables-d’Or, a été déposé en même temps que le plan d’urbanisme et soumis aux mêmes instances de validation (municipalité, commission départementale, préfecture).

 

Nous verrons plus loin que les conséquences d’un tel cahier des charges sont très perceptibles à Sables-d’Or-les-Pins et constituent une facette importante de la singularité paysagère de la station. Mais cette singularité, tout exceptionnelle qu’elle soit
pour une station balnéaire des années 1920, est inspirée d’un modèle. Et ce modèle, s’il s’est sans doute propagé à travers d’autres lotissements, trouve son origine dans le premier exemple abouti d’urbanisme de villégiature français, la ville du Vésinet, où Alphonse Pallu et le comte de Choulot ont mis en œuvre des principes d’inspiration fouriériste déjà expérimentés en partie à Maisons-Laffitte.

 

Repères chronologiques :


1822 : Publication par Charles Fourier du Traité de l’association domestique-agricole.
1833 : Lancement de Maisons-Laffitte et édition de son cahier des charges.
1837 : Inauguration de la ligne de chemin de fer Paris-Le-Pecq (qui desservira Le Vésinet).
1856 : Acquisition du «bois du Vésinet» par la société Pallu & Cie.
1858 : Edition de la première version du cahier des charges du Vésinet.
1863 : Première édition complète de l’ouvrage du comte de Choulot.

 

(…/…)

[1] - Remarquons, avec François Loyer, que ce terme n’est pas très approprié pour désigner cette «forme urbaine originale, à laquelle nous avons donné abusivement le nom d’un système de division parcellaire : le lotissement, qui ne lui est en rien propre (car on lotit aussi bien des parcelles pour des immeubles ou des maisons mitoyennes que pour des pavillons !)», in Dominique
Hervier (Dir.) : Le Vésinet. Modèle français d’urbanisme paysager, 1858/1930. Imprimerie Nationale, 1989, page 11. Nous préférerons néanmoins ce terme quelque peu anachronique de «lotissement» à celui de «colonie», davantage employé à l’époque du Vésinet mais trop fortement connoté aujourd’hui.


[2] - Voir à ce sujet la définition du terme «lotissement» dans le Dictionnaire de l’urbanisme et de l’aménagement de Pierre Merlin et Françoise Choay, op. cit. pages 472-475. L’article traite également du rôle des cahiers des charges.

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© Roland Vidal 2015 • Dernière mise à jour : 27-01-2017