La construction paysagère d'une identité territoriale

 

- XI -


L'architecture ˆà Sables-d'Or-les-Pins
entre rŽégionalisme breton et style balnéŽaire

 

 

 

 

 

Lorsqu’on demande aux habitants de Sables-d’Or, comme à ceux de Plurien ou de Fréhel, ce qu’ils pensent de l’architecture de la station, ils répondent le plus souvent, en parlant des hôtels et villas des années 1920, et tout en gardant un certain scepticisme à l’égard du Palais des Arcades, qu’elle est appréciable parce que «respectueuse du style régional». Il est vrai que l’architecte Yves Hémar, qui y construisit la plupart des villas et hôtels, est souvent décrit comme l’un des principaux adeptes de ce que l’on appelle le «néo-régionalisme breton».

 

Mais ce style se caractérise beaucoup plus par sa nouveauté que par son appartenance à un régionalisme préexistant.

 

Qu’en était-il du style architectural breton à l’époque où se construisait Sables-d’Or-les-Pins ?

 

Dans un article intitulé «L’oracle de la princesse Narischkine» [1], Daniel Le Couédic explique comment la dite princesse, ayant commandé à son architecte un «édifice breton», s’est vu livrer le Château du Keriolet, qui rassemble tout simplement une accumulation des références les plus diverses.

 

En cette fin de XIXe siècle, les idées régionalistes proliféraient pourtant en Bretagne, mais elles tendaient à réduire l’architecture dite «régionale» à une sorte de déterminisme environnemental : le climat breton est rude, le Breton a donc l’âme rude, et les maisons bretonnes doivent refléter cette rudesse [2]. Si cette définition rudimentaire pouvait convenir partiellement à la description de certains bâtiments de ferme, reprenant ainsi ce stéréotype, décrit par Catherine Bertho, qui voudrait que ce soit «la culture rurale qui porte la personnalité de la province» [3], elle ne correspondait en rien à l’architecture qui s’était développée dans les villes bretonnes.

 

(…/…)

[1] - D. Le Couédic : «L’oracle de la princesse Narischkine», in Gérard Prémel : Architecture et identité régionale, le paradoxe breton, Rennes : Institut Culturel de Bretagne, 1995, pages 29-43.

 

[2] - «La Bretagne, au sol “granitique”, est volontiers comparée à un “roc”, un “caillou accroché au bout de la mer”, ou un “rocher”. Il en résulte des caractéristiques attribuées aux Bretons : “fierté”, “vigilence”, “rudesse” ou même “dureté”». Ronan Le Coadic : L’identité bretonne. Presses Universitaires de Rennes, 1998, page 59.

 

[3] - Catherine Bertho : «L’invention de la Bretagne, genèse sociale d’un stéréotype», in Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n° 35, 1980, page 62.

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© Roland Vidal 2015 • Dernière mise à jour : 27-01-2017